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Philosophie

L’homme qui se cache derrière le
Grand Hôtel Français

Il a ça dans le sang. Petit-fils et fils d’hôteliers, le directeur de l'hôtel a même coutume de dire que le premier mot qu’il a prononcé était « hôtel ». De son enfance passée dans les 11ème et 12ème arrondissements de Paris, il se souvient avoir toujours baigné dans cette ambiance si particulière, celle de l’hôtellerie française. Lui qui travaillait déjà lors de ses vacances scolaires au sein  Grand Hôtel Français n’a jamais démérité. Et même s’il est devenu directeur de ces deux établissements, ce stakhanoviste défenseur d’une hôtellerie avant tout humaine n’est pas prêt de se reposer sur ses lauriers. 

Sa carrière, débutée au début des années 90 en tant que directeur du Grand Hôtel Français, a d’ailleurs commencé par un challenge: celui « d’amener les touristes dans l’Est parisien ». Une tâche qui ne s’annonçait pas aisée d’autant que ces derniers étaient toujours « drainés dans les mêmes quartiers » avoue le directeur de l'hôtel, faisant référence « aux Champs Elysées, au quartier latin et à l’Opéra ». Et si proposer en 2006 un hôtel design doté de trois étoiles près de la place de Nation était considéré par les sceptiques comme un pari fou, presque perdu d’avance, c’était sans compter sur la motivation sans faille du directeur et sur sa perception visionnaire d’internet. En développant très tôt la présence de son hôtel sur ce média, le directeur de l'hôtel a su inverser le phénomène qui consistait à « minimiser » l’intérêt de ce quartier et ainsi prendre sa revanche sur ceux qui lui « fermaient la porte au nez » au début du projet.

« J’y ai toujours cru, sinon je ne l’aurais pas fait » affirme-t-il, démontrant aujourd’hui avec talent que « l’on peut vendre à des prix élevés des établissements de qualité dans le 11ème ou le 12ème ». Car pour ce parisien aux origines méditerranéennes qui estime que « chaque quartier de Paris a son identité et son histoire », il était capital de « se détacher du tourisme de masse ». Il ne cache pas « qu’inciter le client à découvrir la culture française » fait partie de ses objectifs prioritaires. Une idéologie directement rattachée à un nouveau type de voyageur, l’urban nomad: un touriste qui possède un background, qui veut la qualité et surtout la « value », ce mélange de « savoir faire et de savoir vivre ». Le directeur de l'hôtel pense ainsi l’hôtellerie différemment, son but étant de « faire comprendre au client que l’on peut s’occuper de lui de façon affective et de lui faire rencontrer des gens dans un cadre plus authentique ».

A ce titre, il se veut comme un ardent défenseur de la tradition hôtelière française qu’il souhaite éloigner du « check in check out » standardisé qui consiste à faire de l’hôtel « uniquement un business », uniquement un lieu de passage. « Ce que l’on ne peut pas nous voler, c’est la connaissance de Paris » souligne-t-il. « Chaque client qui arrive, on lui remet un plan, une liste de restaurants du quartier que nous avons sélectionné. On essaye de lui expliquer où sont les points importants de Paris et on reste à sa disposition: le client peut revenir à n’importe quel moment, il y a toujours quelqu’un pour lui répondre » explique celui qui occupe parfois lui-même la réception de ces hôtels pour ne pas perdre le contact avec la clientèle, si cher à ses yeux. Il confie même de pas être parti en vacances depuis trois ans, la faute sans doute à l’amour qu’il porte à son métier et à un perfectionnisme qui lui demande une énergie de chaque instant.

En 2009, après avoir rénové ses hôtels en conciliant design et décoration purement française, il se fixe deux objectifs: dynamiser le quartier autour du Grand Hotel Doré, comme le Grand Hôtel Français a su le faire,  et toujours continuer à redorer le blason d’une hôtellerie française qu’il juge la « meilleure du monde » bien que selon lui, elle n’en ait pas toujours conscience. Pour le premier, il espère participer à la reconnaissance légitime de l’avant-gardisme de cet arrondissement, situé à quelques minutes de Bastille, qui respire l’innovation (le Viaduc des Arts et Bercy Village en sont les meilleurs ambassadeurs). Pour le second, il compte sur une philosophie dont le succès n’est plus à démontrer. « Ce qu’on n’oublie pas c’est que dans hôtel, il y a hôte avant tout: c’est recevoir quelqu’un comme on recevrait un ami. Soit on est hospitalier, soit on ne l’est pas ». Lui l’est et le restera toujours.